Il me regarde d'un regard que je ne connais pas. Un regard que je n'aime pas. Qu'est ce qu'il veut dire ? J'ai un peu peur, sur le coup ...« Comment ? »Comment ... ce mot tourne dans ma tête sans possibilité d'arrêt. Comment est-il mort ...
« Par ma faute »Il me regarde d'un air incrédule. Il n'a pas l'air de comprendre et attend des explications. Quoi de plus normal ?
« Un de mes amis était venu me voir, repris-je, on devait simplement aller au cinéma de l'autre ville. Par contre moi chez moi j'avais pas de casque, continuais-je d'un ton que je voulais calme, j'ai donc pris celui de mon frère. Lui, il devait se rendre au lycée pour voir ses résultats pour le bac ... autant te dire que sans casque, il est parti, mais il n'a jamais vu ses résultats ... »Il ne dit rien, se contentant de me regarder successivement, moi et sa couverture. Je peux lire dans ses yeux le mal-être qu'il ressent. Je ne sais pas si j'ai fait une erreur ou pas en lui disant ça, en tout cas, c'est fait c'est fait.
« Je pense que ... en fait je ne sais pas trop. Je ne sais pas trop quoi dire, mais je pense que tu ne devrais pas te mettre tous les malheurs du monde sur tes épaules. Tu ...
-Bill, là c'est de ma faute, le coupai-je d'un ton cinglant,
écoute, je n'ai pas très envie d'en causer. A part Matthieu, et ma famille bien sûr, tu es le seul à être au courant. Je te fais assez confiance pour te dire ce genre de choses. Mais maintenant j'aimerais qu'on en cause plus, d'accord ? »Il acquiesce d'un signe de tête pourvu d'un sourire. J'aime quand il sourit, j'ai l'impression d'avoir en face de moi un petit garçon empli de pureté. On parle ensuite de son groupe. Je lui apprends qu'ils deviennent de plus en plus connus, ici. Je lui raconte également qu'aucun des trois ne s'en rend vraiment compte, mais que j'essaye de limiter au minimum nos déplacements. C'est vrai, si jamais les fans françaises apprenaient qu'ils se trouvaient ici, je ne réponds plus de rien...
Nous sommes rejoints deux heures plus tard par Tom et Gustav. Georg est apparemment parti faire une course et viendra plus tard.
Une légère froideur persiste avec Tom, mais nous causons normalement. De manière civilisée on va dire. Moi, je m'en veux beaucoup mais je ne lui dis pas. Rectification : Moi et ma putain de fierté nous nous en voulons beaucoup mais ne disons rien.
« Bill, je vais y aller, lui dis-je doucement, j'ai plein de trous demain, je viendrai te voir.
-Merci, alors à demain. »Je me lève et l'embrasse sur la joue. Avant de quitter la pièce, je lance un regard insistant à Tom, pour lui faire comprendre qu'il faut qu'on parle. Apparemment il a compris vu qu'il soutient mon regard et me fait un sourire en coin avant de reporter son attention sur son frère. Pour la première fois de ma vie, je vais laisser ma fierté au placard pour un de mes petits amis ...
Je rentre chez moi par le train. Comme d'habitude, je trouve un mot de ma mère me disant de ne pas l'attendre et de manger sans elle. Je commence à être blasée de cette habitude que j'ai prise de rester seule, mais je m'y fais. Je sais bien que si elle avait le choix, ma mère resterait avec moi. Mais l'argent, ça pousse pas sur les arbres et ça ne tombe pas du ciel non plus. Je vais appeler Matthieu. Oui, lui il pourra sûrement venir. Ca sonne. Pas de réponse. Bizarre. Bon, je réessaierai dans un quart d'heure.
Un quarts d'heure plus tard, après avoir mangé un rapide sandwich, je reprends donc mon portable et le coince entre mon oreille et mon épaule. En même temps, je me dirige vers la boîte aux lettres, pour prendre le courrier que j'avais oublié en rentrant. Facture, Facture, Avocat ... Faire part ? J'ouvre l'enveloppe, le téléphone sonnant toujours contre mon oreille. Je sors lentement la lettre qu'elle contient ; je ne présage vraiment rien de bon. La première chose me frappant est la croix. La croix située en haut de la feuille. Un faire part ... Au fond de moi, on me crie de ne pas le lire, pas maintenant. Mais quelque part je veux savoir. Je veux savoir qui est décédé même si ça ne me concerne peut être pas. « Ce qui est sûr, c'est que j'aurais des choses à raconter à Matthieu, me dis-je tout en rappuyant sur le petit bouton vert pour relancer l'appel. »
Monsieur et Madame, CREFIERD,
ses parentsMonsieur Vincent CREFIERD,
ses frèresMonsieur Alexander CREFIERD,
ses frères _______________________Ses oncles tantes cousins et cousines,La famille,
Ont la douleur de vous faire part du décès de
Monsieur
Matthieu CREFIERD
Né le 7 novembre 1989 à Vincennes et décédé des suites de maladie à Saint Germain en Laye, le 2 Novembre 2006.
Les obsèques auront lieu le Jeudi 9 Novembre à 14h30 à l'église de l'Etang la Ville.
PRIEZ DIEU POUR LUI.
Je manque de m'évanouir. Mes jambes fléchissent, ma vue se trouble. Pourquoi l'ai-je lue ? Je n'aurais jamais du...
Le téléphone se fracasse sur le sol, le clavier numérique se séparant de sa coque ainsi que la batterie. Mais c'est le cadet de mes soucis.
Il est décédé ... celui qui m'a aidé pendant tout ce temps. Celui qui n'a cessé de me soutenir. Celui avec qui j'ai fait mon enfance. Celui avec qui j'avais entamé mon adolescence ... Celui qui avait sûrement la plus grande place dans mon c½ur. Il n'est plus.
Je ne sais pas très bien où je suis, j'ai l'impression d'avoir perdu toute capacité à réfléchir. Tout ce que je sais c'est que je marche. J'emprunte machinalement la direction de la gare. Les larmes ne coulent pas. C'est impossible. Je vais aller chez lui et c'est lui qui va m'accueillir, c'est obligé. C'est obligé, hein ? J'aimerais tant qu'on me le dise, que c'est obligé ...
J'arrive devant sa maison. Je saute par au dessus le portail et me mets en quête de trouver mes clés. Avec un peu de chance, mon trousseau est resté dans ma poche. Oui, je l'ai. Je glisse la clé dans la serrure et rentre. Oui, je fais comme chez moi. Je fais comme d'habitude et comme j'ai toujours été habituée à faire.
J'entre en fracas et bien sûr, tous les regards se tournent vers moi. Sa mère à les larmes aux yeux. Son père me regarde d'un air désolé et compatissant. Vincent détourne le regard et Alexander s'approche vers moi. Il passe son bras autour de mes épaules et m'entraîne silencieusement dans sa chambre. Il ferme la porte et se retourne vers moi. Il reste interdit quelques secondes avant que quelques larmes ne viennent s'écouler le long de sa joue. Moi aussi, je commence à pleurer. Il est vraiment mort. Il n'est vraiment plus là. Voir Alexander pleurer m'a fait retomber sur terre. Et la chute fait très mal. Il n'est plus là et il ne reviendra jamais. De lui il ne reste plus que quelques objets physiques et les souvenirs. Pourquoi ? Toujours ce mot qui revient à chaque fois.
De base, c'était moi qui prenait Alexander dans mes bras pour le consoler. Maintenant, c'est lui qui m'entoure pour calmer mes sanglots. J'ai l'impression d'être protégée, mais tout en même temps j'ai aussi l'impression qu'il pourrait s'écrouler d'une seconde à l'autre.
Après quelques instants nous nous séparons. Le voir pleurer me fait vraiment mal. Depuis le temps que je connais cette famille, le plus fort m'avait toujours paru être Alexander. Toujours à rire, à déconner mais jamais pleurer, toujours voir le bon côté des choses en toutes choses ...
« C'est mieux pour lui, commença-t-il,
comme ça il est libéré, il ne souffre plus. C'est quelque part horrible et incompréhensible à dire mais sa mort me soulage plus qu'elle ne m'attriste. »Qu'est ce que je disais. Je ne sais pas si on peut appeler ça voir le bon côté de la situation mais ce qui est sûr c'est que ce n'est pas le mauvais côté. Y'a-t-il vraiment un bon côté dans la mort ?
« Pourquoi, soufflai-je, pourquoi est-il mort ?
-Sa maladie à finalement eu raison de lui, me répondit-il en m'adressant un faible sourire
».Sa maladie ? Quelle maladie ? Il ne m'a jamais parlé d'une quelconque maladie ?!
« Quelle maladie ?
-Il ne t'a pas dit ? Ouais, quelque part ça m'étonne pas de lui. Il avait une cardiomyopathie. »Non, il ne m'en avait jamais causé ... je fais de la terminologie médicale en cours donc je sais que « cardio » signifie « c½ur » et « pathie » « maladie » Pour « myo » je ne sais pas, mais pour résumer, il avait une maladie au c½ur. Je sens la colère s'emparer de moi. Pourquoi ne m'en n'a-t-il pas causer ? Hein ? Il avait peur de quoi ? Que je le répète, que je ne puisse rien faire, que je l'engueule ?! Tristesse et colère conjuguées, je me remets à pleurer. Alex me reprend dans ses bras, il comprend ce que je ressens.
Jeudi, jour de l'enterrement. Les quatre garçons ont décidé de m'accompagner. Pour vous les décrire brièvement, Gustav est habillé d'une chemise blanche, d'une veste noire et d'un pantalon noir, tout comme Georg sauf que lui, sa chemise est noire. Les jumeaux eux ne portent qu'une chemise noire également, pas de veste. Leur pantalon est classiquement noir également. Les cheveux de Tom sont attachés, Bill n'est pas maquillé et n'a évidemment pas coiffé ses cheveux comme lorsqu'il sort. J'aurais préféré qu'il ne vienne pas, il est faible et ça me contrarie vraiment qu'il vienne. Mais têtu comme il est, lui demander de ne pas venir aurait été comme de me dire de ne pas venir moi. Autant dire impossible.
Pendant la messe, je suis placée devant le cercueil, avec la famille. Normalement ça ne se fait pas mais Alexander s'est battu auprès des « grenouilles de bénitier » (c'est comme ça que j'appelle celles qui viennent prêcher pendant des heures en disant que Dieu a forcément rappelé Matthieu dans sa maison pour une bonne raison.) La seule raison pour laquelle on a fait appel à l'église et que de toute sa famille, Matthieu était le seul à croire, un peu, en Dieu.
Après l'enterrement, nous allons directement chez moi. Ma mère, qui avait pris un jour de congé pour l'occasion, comprend que j'ai besoin d'être seule avec eux et part en ville, prétextant une course.
L'ambiance est lourde. Le silence règne, les garçons sont assis autour de la table excepté Gustav, debout qui joue avec un couteau posé sur le comptoir.
« Vous voulez boire quelque chose les garçons, demandai-je alors que ma main était posée sur la poignée du frigo.
-Non merci, répondirent Georg et Bill
-Pour moi de l'eau, s'il te plait.
-pour moi aussi, renchérit Tom »
Je leur donne ce qu'ils désirent puis m'assois sur le canapé, un vert d'eau moi aussi à la main.
« Ca dérange si on dort ici ce soir ?
-Georg tu veux fuguer de chez Stéphane, plaisanta Gustav.
-Non pas vraiment mais ... bon.
-Non ça ne dérange pas, répondis-je, mais Bill toi je préférerais que tu retournes à l'hôpital.
-...Ok, répondit simplement ce dernier. »
En fin d'après-midi, on raccompagne donc Bill à l'hôpital, sans grande motivation. On retourne ensuite chez moi et, pendant le trajet, je me dis que les garçons n'ont pas grand chose pour dormir ce soir ... Je vais donc être obligée de leur dire, soit d'emprunter un truc à mon père ce qui est pour le moment écarté vu les habits, soit de dormir en calbut'. Et je sais que si je dis ça, Gustav va encore faire une tête à la con du type «
^___________
^ » ...
On dîne, on regarde un temps la télé, un programme bidon comme d'hab' puis on monte dans ma chambre.
« Oooooooooooooh t'en as un joli coussin, s'extasia Georg
-Qu... »Pas le temps de me retourner entièrement et de finir ma phrase que le coussin a atterri dans ma tête.
« Désolé, j'ai pas fait exprès, se justifia se dernier un sourire innocent sur les lèvres.
-Tu te fouuuuuuuuuuus de moi ?
-Non ! »Je me jette sur lui le faisant tomber sur le lit. Ensuite je me mets à califourchon sur lui et lui envoie des coups successifs de coussin dans la tête.
« Oula on se calme là ! Intervint Tom apparemment un peu ... étonné on va dire.
-Gmrfllll
-Pardon Georg ? Tu peux répéter, lui demandai-je amusée
-GAROUUUUUUUUUUUU ! »Et c'est sur ce magnifique cri qui est venu de je ne sais d'où que Georg réussi à se débarrasser de mon poids et à me virer par terre
« Moi aussi je veuuuuuuuuux, s'immisça Gustav.
-Tu veux quoi encore toi ?
-Je veux jouer avec vous.
-Pas de problème !
-Vous êtes désespérant, soupira Tom tel un adulte ayant affaire à trois gamins dégénérés. »
Après une bonne bataille avec ce qui composait AVANT mon lit, couette drap et édredon compris, et après avoir lutté comme pas possible pour qu'ils m'aident tous à ranger la chambre, Gustav et Georg sont partis se coucher dans la chambre d'amis où je leur avais préalablement installé deux matelas. Tom, lui, reste dormir avec moi.
On s'allonge tous les deux dans le lit. Il s'est mis en boxer et moi j'ai mis une nuisette noire. Mon dos est collé contre son torse et il m'encercle de ses bras. Je n'oserai pas dire que je me sens « bien » mais je me sens en sécurité on va dire. De toute façon, aucun mot n'est assez juste, à ma connaissance, pour définir ce que je ressens.
Mais ... je veux quelque chose d'autre. Sans trop réfléchir à ce que je fais, je me retourne vers lui. Dans l'obscurité j'arrive tout de même à distinguer son regard qui semble me demander ce que j'ai. Pour toute réponse je colle mes lèvres à son cou et y dépose des baisers brûlants, significatifs de l'envie que je ressens sur le moment. Je descends ensuite et m'attarde sur une de ses clavicules, passant délicatement ma langue dessus et mes lèvres. Je m'empare ensuite de ses lèvres pour lui donner un baiser comme je ne lui en ai jamais donné. A la fois fougueux, doux ... indescriptible.
«
Tu es sure ... , me demande-t-il dans un souffle »
Pour toute réponse je lui souris et retire ma nuisette.
Ce soir là, je me suis unis à l'homme que j'aime. Ce soir là j'ai ressenti notre amour plus fort que jamais. Ce soir là j'ai été heureuse.
[...]
Nous voici en Janvier. Deux mois encore ont passé et à l'heure d'aujourd'hui je suis en cours. Ou plutôt, je vais y rentrer. Oui, là j'attends que la cloche sonne, devant ma salle de classe.
« Mademoiselle Karino ? »Je me retourne pour voir qui m'appelle. C'est une femme rousse, que je ne connais pas.
« Oui, répondis-je et questionnai-je par la même occasion
-Pouvez vous me suivre s'il vous plait ? »Je prends mon sac de cours posé à mes pieds et entreprends donc de suivre cette femme. Je suis quasiment sure de savoir pourquoi elle est venue me chercher, mais elle me le confirme avant que je ne m'assure de mon pressentiment.
« Votre petit ami a appelé. Il faudrait que vous vous rendiez au plus vite à l'hôpital, me dit-elle d'un ton compatissant.
-...D'accord, répondis-je.
»Elle m'accompagne jusqu'aux escaliers et j'en profite pour me souvenir et lui dire que j'ai quelque chose à donner à ma professeur de français, chose que je lui remets pour qu'elle lui confie. Je repasse devant toute ma classe, tout en sentant leur regard interrogateur sur moi. Regard auquel je ne prête nullement attention.
Je descends les escaliers au pas de course, une fois la porte passée je sors mon portable est compose directement le numéro de Tom.
« Tom, qu'est ce ...
-Viens tout de suite, je t'attends au troisième devant l'ascenseur. »Il a raccroché. Il appelle pour Bill, c'est sûr. Qu'est ce qui se passe ? Qu'est ce qu'il a ? Comme lorsque j'ai reçu le faire part pour la mort de Matthieu, j'ai peur mais je veux savoir. Mes jambes courent à présent. Courent vers l'hôpital. Je traverse le grand couloir au pas de course, m'engouffre dans l'ascenseur et vois Tom comme promis, qui m'attend devant la porte.
Sans un mot on se dirige vers le service de chirurgie viscérale, une fois arrivés je prends la direction habituelle qui consiste à continuer tout droit jusqu'à la porte 204P mais Tom m'en empêche en empoignant ma main et en m'entraînant vers la gauche.
« Pourquoi il a changé de service, demandai-je de plus en plus inquiète
»Aucune réponse. J'ai de plus en plus peur. Les chambres défilent, nous sommes toujours dans le même service de chirurgie viscérale mais j'ai l'impression qu'on est arrivés à un autre stade. Effectivement, un peu avant la chambre où se trouve Bill se trouve écrit sur un panneau en hauteur « Surveillance continue ». Surveillance continue ? Son état s'est tant aggravé que ça ?
Tom m'entraîne dans la chambre 2014. En voyant Bill, j'ai un gros choc. Il porte un masque à oxygène qui émet un bruit très particulier lorsqu'il respire grâce à lui, et de nombreuses marques violacées sur ses bras dues aux innombrables prises de sang, piqûres d'EPO et médicaments pris. Mais ce qui me choque le plus, c'est voir à quel point son visage est fatigué. Ses traits sont tirés, il a de grandes cernes sous les yeux, les lèvres gercées et abîmées ...
Nous sommes 4 dans la chambre, sans compter Bill. Le groupe, et moi. Le portable de Tom sonne, et je le vois s'éloigner de la pièce en baragouinant quelque chose en Allemand. Moins de deux minutes plus tard, il revient avec une femme très belle, qui est sa mère, et leur beau-père. Je ne veux encore une fois pas m'avouer la vérité mais je le sais. C'est la fin. Au fond de moi l'espoir persiste qu'un miracle arrivera, que quelque chose se produira mais non. Je sais pertinemment que rien ne se produira.
Simone embrasse son fils et garde sa main fermement serrée dans la sienne. Les larmes coulent sur ses joues. Moi je ne pleure pas. Je dois paraître d'une insensibilité affolante. Mais je pense que c'est parce que je ne réalise pas encore.
Leur beau-père regarde la pompe administrant l'oxygène à Bill puis la désigne d'un geste de la main. D'un mouvement du poignet sec et horizontal, nous interrogeant du visage, il veut savoir si nous sommes d'accord pour la couper. Georg et Gustav acquiescent. Simone également. Tom se mord la lèvre et plisse les yeux. Mais il acquiesce aussi. Tous les regards se tournent à présent vers moi. C'est leur choix. Ils ont tous choisi de couper la pompe. Je le respecte donc et acquiesce à mon tour. Tom et moi partons donc à la recherche d'une infirmière. Nous nous harponnons avec la première trouvée car elle ne veut pas couper la pompe. C'est vrai qu'elle n'a pas le droit ... mais le fait de laisser souffrir les gens comme ça m'a toujours aberré ...
« Tu fais quoi, m'interrogea Tom en me voyant composer un numéro de téléphone.
-Attends »« Oui, bonjour Nathalie, ici Reila. Je sais que le docteur Martinez est au bloc mais dès qu'il ressortira, pouvez vous lui dire de passer s'il vous plait ? Bill est ... mourrant. Merci par avance, je vous recontacte après, Nathalie. »Je n'aime pas trop faire des passes-droit comme ça grâce à mes connaissances, mais y'a des fois où il faut bien que ça serve quand même.
Après être ressorti du bloc, le docteur passe donc pour voir l'état de santé de Bill. Il prend à part Simone et John et leur explique que couper la pompe n'est pas possible, car sinon Bill mourra étouffé.
Nous attendons donc. Entre temps, j'ai prévenu un ami de ma mère que je connais également bien, car il est venu me rendre visite très souvent à l'hôpital. Tom et moi on descend quelques minutes, le temps de fumer une cigarette ou deux et de parler un peu. Il a mal mais il ne me le montre pas. Je crois qu'il ne réalise pas non plus. Je ne peux pas lui en vouloir...
Lorsque nous remontons, Sydney, l'ami de ma mère, est déjà présent. En nous voyant entrer, il se tourne vers Tom et lui dit d'une voix douce et calme :
« Bonjour, Tom. Tu vois, il y a de l'air qui passe par cette pompe. On ne peut pas la couper car sinon, ton frère va souffrir. Il y a aussi de l'eau qui passe. On ne peut pas couper ça non plus car sinon, ton frère va souffrir. Et on ne lui donne pas de médicament. Car on ne veut pas le prolonger. »
-Je sais.
-Alors c'est très bien si tu sais, continua-t-il,
tu vois, moi on m'a dit que tu ne savais pas, acheva-t-il par un sourire d'une extrême douceur.
»Je lui souris également. Sydney est un homme très gentil, très posé, que j'aime énormément.
« Reila, si tu as des question, n'hésite pas surtout. Mais tu sais bien que lorsque je dis « tu » c'est « vous », bien sûr.
-Oui. Merci pour tout Sydney. »En guise de réponse il m'adresse son éternel sourire. Avant de partir, il se penche au dessus de du lit de Bill et lui adresse un « Au revoir, Bill. » d'une voix toujours aussi calme et douce.
Et c'est deux heures plus tard que Bill nous a quittés, dans la sérénité et le calme les plus profonds.
J'ai longuement du consoler Tom, qui, à cet instant, à bien compris qu'il venait de perdre à jamais la personne à qui il tenait le plus.
Aujourd'hui, nous sommes dimanche. Bill est mort depuis un peu moins de deux jours maintenant. L'enterrement est prévu pour vendredi prochain. Un communiqué a été donné dès le lendemain de son décès à un magazine allemand pour révéler la vérité au grand jour sur leur disparition depuis quelques mois, et annoncer par la même occasion la dislocation définitive de « Tokio Hotel »
Là, je tape sur mon clavier une histoire. Une histoire pour me libérer. Une histoire qui ressemble beaucoup à la mienne, où j'ai simplement changé les personnages et quelques faits. Et là, j'en tape la fin.
J'ai des regrets. Je regrette qu'il n'ait jamais pu revoir son pays avant de mourir, je regrette de ne pas avoir pris conscience de son état et de lui avoir dit « Oui, je reviendrai te voir ce soir », et de n'être jamais revenue, pensant qu'on avait encore "le temps", qu'il ne m'ait plus revue en étant conscient avant de mourir, je regrette de ne pas l'avoir connu avant, plus longtemps, je regrette de ne pas avoir partagé assez de délires avec lui ... tant de choses.
Tout en tapant cette fin, je m'interroge sur le fait de l'existence de Dieu. Et je me dis qu'il vaudrait mieux pour lui qu'il n'existe pas, car, s'il existait, sa conscience devrait le faire horriblement souffrir.
Je me demande également pourquoi faut-il que ce soit ceux qui n'ont jamais rien fait de mal dans leur vie qui finissent de la pire façon.
Tant de questions à jamais sans réponse.
La vie continue. Sans lui. Mais elle continue.
On continue sans lui.
Moi, je préfère dire que j'ai connu un ange, plutôt qu'un fils de Dieu. Un ange qui m'a été repris, un ange qui a perdu ses ailes en même temps que sa vie. Un ange qui m'a laissé un autre ange. Mais un ange qui a lui aussi perdu ses ailes : son frère, Tom Kaulitz.
___________________________________________________________________________
Et voilà, voici la fin de ma fiction
Edit : j'ai changé deux trois choses car j'ai remarquéque j'avais fait des fautes énormes dans ce dernier chapitre, que ce soit des fautes de co njugaison, des oublis de mots ... bref j'ai changé deux trois choses mais rassurez-vous, rien qui ne change le sens de l'histoire ;)
Je l'écris depuis deux heures du matin, je viens juste de me rendre compte que ça fait un peu plus de 5 heures que j'écris !
J'avoue avoir eu un peu de mal à trouver mes mots, d'ailleurs certaines choses me déplaisent mais bon ... il est impossible d'arriver à la perfection, pour moi.
J'espère qu'elle vous aura plu.
Je vous remercie de l'avoie lue, à travers, je me suis sentie écoutée par quelques personnes, peut être mieux que je n'aurais su expliquer ce que je ressens sur msn ou par téléphone.
EDIT 2 : Merci à tous !! Le fait que vous pleuriez lorsque vous avez lu ma fic ça me fait plaisir, d'une part car je me dis que j'ai réussi à transmettre les émotions que je souhaitais, et d'autre part ça me rend triste car ... j'aime pas qu'on pleure XD Non plus sérieusement c'est pas pour ça mais bon ...
Sinon ... MERCI A TOUS !
Merci !
EDIT 3 : (décidemment j'en finirai jamais XD)Expéditeur : une lectrice
Rédigé le : Mardi 16 janvier 2007 à 21:29
Article associé : S U I T E___E T___F I N
| Voir l'article | Éditer l'article
Commentaire : J'ai trouvé ton histoire très, originale et très émouvante surtout la fin. Mais c' est un peu perso comme question mais est-ce que tu as eu un proche malade pour décrire autant bien la maladie?Oui, la personne qui m'a élevée quand j'étais petite (ce n'est pas un de mes deux parents) a eu un cancer, du pancréas plus précisemment, c'est pour ça que je me suis sentie dans mon élément pour décrire cette maladie.
Pour "une Fan de Tokio Hotel" : Déjà pour 'lavis global, ne t'inquiète pas je ne t'en veux pas, c'est vrai que j'aime aussi moyennement couper ma lecture pour laisser des commentaires et même si je le fais quand même je comprends XD
Pour ta question, ça touche un peu à l'épilogue que j'ai faite. Je ne l'ai aps mise en ligne car les avis étaient partagés, donc en fait je l'ai envoyée à ceux qui la désiraient via mail et voilà. Si tu la veux, préviens moi, ou sinon spoil à surligner si tu veux juste avoir la réponse à ta question ==>
Tom reste effectivement avec Reila, seulement, la douleur était vraiment trop forte et il finit par céder à l'appel du suicide. Il n'y a pas que ça dans l'épilogue, mais je mets juste la réponse à ta question ^^. Si tu veux l'épiogue, préviens moi.