POV Tom
Nous rentrons dans le bureau du cancérologue, le pas non assuré. Je sens bien la peur de Bill, ou plutôt, je la ressens. Nous nous asseyons sur les chaises qu'il nous indique. Il commence à feuilleter le dossier de Bill ; s'installe alors un silence profond, pesant. Aussi bien Bill que moi essayons d'interpréter les moindres de ses faits et gestes mais sans succès. On m'avait pourtant prévenu que ce genre d'homme sont d'une froideur affolante ...
Il referme le dossier, puis nous regarde l'un après l'autre l'espace de quelques secondes.
-Bon, entame-t-il en s'adressant à mon frère, je pense que vous...
-Il ne comprend pas très bien le français !
-Ah oui ? C'est embêtant ... c'est donc à vous que je vais faire part de l'état de santé de votre frère.
J'écoute donc, d'un air dénué de toute expression les paroles de cet homme. Nous ressortons ensuite de ce bureau sans un mot, je pense que Bill a tout de même compris l'essentiel de cette conversation car il ne dit rien et se contente de ne pas croiser mon regard.
Une jeune fille s'approche alors de nous, très mignonne soit dit en passant ... oui bon elle s'approche de nous et nous dit quelques phrases d'une voix extrêmement douce et calme. Ces paroles sont apaisantes, j'ai envie de lui répondre mais je n'ose pas, je fuis, comme j'en ai l'habitude.
Ils ressortent une dizaine de minutes plus tard. Ca ne m'étonne pas, ce médecin est tout aussi rapide qu'il est direct, ce qui peut parfois être très dur à encaisser. Comme je m'en doutais, c'est bien le garçon auquel je pensais qui a un cancer. Par contre cancer de quoi, je ne sais pas. Il a l'air perdu, ses yeux sont plongés dans le vide, dénués de toute expression. Ca me fait vraiment de la peine de le voir comme ça, peut être car j'étais exactement la même il y a de ça même pas huit mois.
Sans trop réfléchir je me dirige vers eux et entame :
-Tu sais ... moi aussi j'ai un cancer et je sais ce qu'on ressent, c'est pas facile. Tu dois te demander d'où je sors et pourquoi je viens te voir là comme ça, mais je voulais te dire de ne jamais perdre courage et de te reposer sur les gens qui t'aiment, c'est ça qui te sauvera.
Un peu gênée tout de même après ce petit discours, je m'apprête à répondre à l'appel de mon nom quand le frère de « Bill » me demande :
-C'est quoi ton prénom ?
-Je m'appelle Reïla, lui répondis-je en lui adressant un petit sourire
-Hmm d'accord, merci beaucoup ... à bientôt peut être Reïla.
Je m 'éloigne d'eux en leur affichant un nouveau sourire, je pense que l'air de rien, Bill cogite sur ce que je viens de lui dire, malgré son air toujours aussi perdu.
L'entretien se passe plutôt bien, j'ai récupéré du poil de la bête, d'après mon cancérologue. Pourtant j'avoue que pendant l'entretien je pensais tout de même à Bill et à son frère, j'espérais que lui, il allait avoir la même chance que moi. Un peu plus d'une dizaine de minutes plus tard, Matthieu et moi ressortons, contents de mon amélioration.
Comme d'habitude on sort par la porte de derrière, celle qui se trouve près des ascenseurs car bizarrement, je n'ai jamais aimé l'entrée principale. On marche vers l'endroit où est garé la voiture de Matthieu et je remarque quelqu'un assis sur les marches. Il s'agit de l'autre garçon qui accompagnait Bill. Il a une cigarette à la main, je crois ; son coude droit est posé sur ses genoux et de son bras droit il tient sa cigarette près de sa bouche. Il se lève quand il m'aperçoit puis se dirige vers moi.
Matthieu comprend qu'il est de trop et s'esquive en me disant qu'il m'attend à la voiture.
Ce garçon qui m'est pour l'heure inconnu a visiblement l'air gêné, il reste devant moi sans pouvoir sortir un mot. J'aimerais bien l'aider un peu mais comme je ne sais pas de quoi il veut me causer ça me paraît difficilement faisable...
Il se décide finalement à parler :
-Euh, merci pour tout à l'heure ... c'était très gentil de ta part, moi je m'appelle Tom, je ... j'aimerais bien te revoir, tu as l'air gentille ... et en plus tu pourrais peut être apporter quelques réponses à mon frère ... enfin, comme tu veux quoi...Sur le coup, c'est vrai qu'on peut trouver ça égoïste, penser qu'il ne vient m'aborder que pour que je serve de machine à réponse, mais cet air gêné qu'il avait pris m'amusait, et je voyais bien que ce n'était pas un garçon méchant.
-Bien sûr, lui répondis-je. Je vais te donner mon numéro de portable. Puis tu me donneras aussi la date du premier rendez vous de ... euh ton frère nan ?
-Oui, Bill et moi sommes jumeau, me dit-il en m'adressant un sourire.
-Ah jumeau ? en fait je croyais bien que vous étiez de la même famille mais jumeau j'aurais pas pensé en fait, lui répondis-je accompagnant ma phrase d'un petit rire.
-Oui on nous le dit souvent, on est habitués maintenant. Sinon mon frère à rendez-vous dans quelques jours, je t'enverrai un sms ou je te rappellerai. En tout cas c'est très gentil de ta part d'accepter qu'on prenne contact.
-De rien, vraiment. J'ai vécu le cancer et je sais que c'est quelque chose de pas facile à vivre, aussi bien pour celui qui le subit que pour les gens autour.
Nous rentrons dans le bureau du cancérologue, le pas non assuré. Je sens bien la peur de Bill, ou plutôt, je la ressens. Nous nous asseyons sur les chaises qu'il nous indique. Il commence à feuilleter le dossier de Bill ; s'installe alors un silence profond, pesant. Aussi bien Bill que moi essayons d'interpréter les moindres de ses faits et gestes mais sans succès. On m'avait pourtant prévenu que ce genre d'homme sont d'une froideur affolante ...
Il referme le dossier, puis nous regarde l'un après l'autre l'espace de quelques secondes.
-Bon, entame-t-il en s'adressant à mon frère, je pense que vous...
-Il ne comprend pas très bien le français !
-Ah oui ? C'est embêtant ... c'est donc à vous que je vais faire part de l'état de santé de votre frère.
J'écoute donc, d'un air dénué de toute expression les paroles de cet homme. Nous ressortons ensuite de ce bureau sans un mot, je pense que Bill a tout de même compris l'essentiel de cette conversation car il ne dit rien et se contente de ne pas croiser mon regard.
Une jeune fille s'approche alors de nous, très mignonne soit dit en passant ... oui bon elle s'approche de nous et nous dit quelques phrases d'une voix extrêmement douce et calme. Ces paroles sont apaisantes, j'ai envie de lui répondre mais je n'ose pas, je fuis, comme j'en ai l'habitude.
Ils ressortent une dizaine de minutes plus tard. Ca ne m'étonne pas, ce médecin est tout aussi rapide qu'il est direct, ce qui peut parfois être très dur à encaisser. Comme je m'en doutais, c'est bien le garçon auquel je pensais qui a un cancer. Par contre cancer de quoi, je ne sais pas. Il a l'air perdu, ses yeux sont plongés dans le vide, dénués de toute expression. Ca me fait vraiment de la peine de le voir comme ça, peut être car j'étais exactement la même il y a de ça même pas huit mois.
Sans trop réfléchir je me dirige vers eux et entame :
-Tu sais ... moi aussi j'ai un cancer et je sais ce qu'on ressent, c'est pas facile. Tu dois te demander d'où je sors et pourquoi je viens te voir là comme ça, mais je voulais te dire de ne jamais perdre courage et de te reposer sur les gens qui t'aiment, c'est ça qui te sauvera.
Un peu gênée tout de même après ce petit discours, je m'apprête à répondre à l'appel de mon nom quand le frère de « Bill » me demande :
-C'est quoi ton prénom ?
-Je m'appelle Reïla, lui répondis-je en lui adressant un petit sourire
-Hmm d'accord, merci beaucoup ... à bientôt peut être Reïla.
Je m 'éloigne d'eux en leur affichant un nouveau sourire, je pense que l'air de rien, Bill cogite sur ce que je viens de lui dire, malgré son air toujours aussi perdu.
L'entretien se passe plutôt bien, j'ai récupéré du poil de la bête, d'après mon cancérologue. Pourtant j'avoue que pendant l'entretien je pensais tout de même à Bill et à son frère, j'espérais que lui, il allait avoir la même chance que moi. Un peu plus d'une dizaine de minutes plus tard, Matthieu et moi ressortons, contents de mon amélioration.
Comme d'habitude on sort par la porte de derrière, celle qui se trouve près des ascenseurs car bizarrement, je n'ai jamais aimé l'entrée principale. On marche vers l'endroit où est garé la voiture de Matthieu et je remarque quelqu'un assis sur les marches. Il s'agit de l'autre garçon qui accompagnait Bill. Il a une cigarette à la main, je crois ; son coude droit est posé sur ses genoux et de son bras droit il tient sa cigarette près de sa bouche. Il se lève quand il m'aperçoit puis se dirige vers moi.
Matthieu comprend qu'il est de trop et s'esquive en me disant qu'il m'attend à la voiture.
Ce garçon qui m'est pour l'heure inconnu a visiblement l'air gêné, il reste devant moi sans pouvoir sortir un mot. J'aimerais bien l'aider un peu mais comme je ne sais pas de quoi il veut me causer ça me paraît difficilement faisable...
Il se décide finalement à parler :
-Euh, merci pour tout à l'heure ... c'était très gentil de ta part, moi je m'appelle Tom, je ... j'aimerais bien te revoir, tu as l'air gentille ... et en plus tu pourrais peut être apporter quelques réponses à mon frère ... enfin, comme tu veux quoi...Sur le coup, c'est vrai qu'on peut trouver ça égoïste, penser qu'il ne vient m'aborder que pour que je serve de machine à réponse, mais cet air gêné qu'il avait pris m'amusait, et je voyais bien que ce n'était pas un garçon méchant.
-Bien sûr, lui répondis-je. Je vais te donner mon numéro de portable. Puis tu me donneras aussi la date du premier rendez vous de ... euh ton frère nan ?
-Oui, Bill et moi sommes jumeau, me dit-il en m'adressant un sourire.
-Ah jumeau ? en fait je croyais bien que vous étiez de la même famille mais jumeau j'aurais pas pensé en fait, lui répondis-je accompagnant ma phrase d'un petit rire.
-Oui on nous le dit souvent, on est habitués maintenant. Sinon mon frère à rendez-vous dans quelques jours, je t'enverrai un sms ou je te rappellerai. En tout cas c'est très gentil de ta part d'accepter qu'on prenne contact.
-De rien, vraiment. J'ai vécu le cancer et je sais que c'est quelque chose de pas facile à vivre, aussi bien pour celui qui le subit que pour les gens autour.
